tout un monde - Triptyque

 

Comme une invitation au mariage de l’art vivant et des arts plastiques, Tout un monde propose des moments de rencontre inédits autour d’objets (sculptures, peintures, dessins animés) et d’histoires racontées.


En abordant des thématiques qui placent les questions de notre époque dans la perspective d’un temps long, ces « visites guidées » s’appuient autant sur des faits historiques avérés que sur des légendes, chansons ou autres récits. Les trois projets réunis dans Tout un monde visent tous à se sentir libre et créatif face à un héritage culturel, et non pas écrasé par lui.
Qui que nous soyons, d’où que nous venions, nous sommes tous riches d’un héritage culturel. La plupart d’entre nous n’a jamais lu l’Énéide, la Divine Comédie ou Don Quichotte, et pourtant on se donne la liberté d’imaginer ce que peuvent être leur contenu; on peut légitimement y faire référence, parce que d’une certaine manière on les sent en nous ; ils sont comme des points de repère et à leur façon, construisent inconsciemment notre rapport au monde. Le projet de Patrick Corillon est de donner corps à ces fantômes qui planent au-dessus des communautés humaines.


D’une durée de 60 minutes chacun, ces trois projets peuvent se dérouler aussi bien dans un lieu d’exposition que sur scène.

 

 

La Maison vague

 

Une visite guidée d’un musée imaginaire dédié aux chansons de marins.

 

INTENTION

L’histoire se base sur les chansons (fictives) des marins-ramoneurs.


La visite guidée est construite autour du sentiment d’abandon :
l’abandon de jeunes marins, seuls en mer et loin de leur famille pendant des mois, voire des années, celui de petits ramoneurs coincés dans les cheminées, celui des petits métiers, abandonnés par l’économie nouvelle qui les marginalise et enfin celui des clochards abandonnés à leur solitude.


Pour définir ce sentiment Patrick Corillon a inventé un nom : La Glasgolie


Extrait du texte : La Glasgolie, c’est le nom d’un bien étrange sentiment qui, depuis plus de deux cents ans, sillonne les mers, parcourt les rues, entre dans les maisons, nous traverse le cœur, puis — dès qu’il nous a bien transformés — s’enfuit par la cheminée...


À l’origine, La Glasgolie (The Glasgolia Inn) était le nom d’une taverne de Glasgow où de nombreux marins avaient pris l’habitude de se retrouver la veille d’un départ pour un long voyage. De fil en aiguille, ce nom a également désigné ce sentiment si fort qui les étreignait avant de prendre la mer.


Un sentiment qui pourrait être défini comme cette zone d’ombre qui se trouve entre la nostalgie (des mois en mer donnent le mal du pays) et une mélancolie plus profonde (pourquoi s’en aller ? pourquoi vouloir retrouver la sombre mer ? qu’y a-t-il de si attirant dans ce monde flottant ?)


La Glasgolie, c’est cette recherche de ce qui nous manque tant, de ce qui n’existe peut-être nulle part sur terre, et qu’en même temps on a l’impression d’avoir connu il y a très longtemps, avant de l’avoir définitivement perdu.


Bien sûr, il n’est pas obligatoire d’être marin pour connaître ce sentiment ; mais les marins – mieux que quiconque – l’ont tellement bien fait vivre dans leurs chansons qu’il n’est plus possible de savoir si c’est le sentiment qui a donné naissance aux chansons, ou si c’est l’inverse.


Le sentiment de la Glasgolie a son musée à Glasgow : The Shanty house (ou la maison vague)


La visite-spectacle commence par un témoignage sur le musée et la fonction des objets réunis par l’artiste.


Les objets présentés sont autant de traces, d’outils, ayant appartenu, étant utilisés et/ou fabriqués par les personnages qui constituent l’histoire de la Maison Vague, inventée par Patrick Corillon.


Ces « vestiges » sont exposés comme des objets d’art et de tradition populaire : ils peuvent prendre la forme d’une maquette d’un musée, d’une corde à nœuds, d’un chansonnier de bord, d’un castelet de marin ramoneur, d’un dessin animé, d’un album de photographies, d’un bateau de mercier, de bouteilles enfumées, d’une hotte de papiers peints, etc.


Dans cette archéologie de l’imaginaire, la fiction et la réalité se confondent. Il y a toujours un doute : peut-être ces histoires ou ces objets ont-ils réellement existé ; peut-être pas. C’est dans la complicité de cette incertitude et des questions amusantes qui en découlent que se crée le lien avec le spectateur.


PRODUCTION

le corridor
Coproduction : Pierre de Lune, en cours
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Région wallonne

 

DISTRIBUTION

Ecriture et scénographie : Patrick Corillon
Mise en scène et jeu : Patrick Corillon & Dominique Roodthooft
Assistants scénographie : Rüdiger Flörke, Lauranne Haugen, Vincent Firket, Ioannis Katikakis

 

 

Sacrées petites voix – Une histoire sentimentale de la ventriloquie

 

INTENTION

Le projet met en scène le destin supposé des ventriloques, ces marginaux que leur art (inné ou acquis) de parler « par le ventre » a, au cours des siècles, placés à différents endroits de la société : le monde du sacré (les oracles, les spirites), celui de la satire (fous du roi, opposants) ou de la simple comédie (spectacles sur scène ou dans les foires).


En s’inspirant de leur histoire réelle, Patrick Corillon a imaginé des objets et des épisodes plausibles qui mettraient en valeur ce en quoi cette « autre voix » peut toucher chacun d’entre nous.


Les ventriloques sont une métaphore de « nos voix multiples » :


– Les différentes voix qui sortent de notre bouche quand nous ordonnons, obéissons, séduisons ou pleurons, – Les voix de nos proches disparus qui résonnent toujours en nous,
– La petite voix qui nous accompagne dans nos lectures ;
Bref, tous ces « autres » qui parlent en nous et nous constituent.


Ce sujet permet aussi d’aborder des questions qui secouent particulièrement nos sociétés depuis des années.           

                                                                                                            
• L’une concerne la « voix » que nous déposons dans l’urne et donnons à quelqu’un d’autre. Qu’en est-il de nos démocraties, vers où vont-elles ? vers une multitude de « voix » plus directes, vers une réduction en une seule « voix » autoritaire ?

• L’autre évoque ces « voix sacrées » qui, venues du ciel, dictent la conduite des âmes et parfois cherchent à se substituer aux « voies » légales pour traiter tous les aspects de la vie individuelle et en commun.

• Il y a également deux points qui relèvent du champ artistique : que signifie pour un acteur le fait de « donner » sa voix à un personnage ; et dans un sens plus large, comment – à l’instar de Aragon ou Maïakovski dans ce projet – la « voix » des artistes est-elle entendue dans l’espace public ?


PRODUCTION

Le corridor
Coproduction : en cours

 

DISTRIBUTION

Ecriture, scénographie et jeu : Patrick Corillon
Collaboration artistique et technique: Dominique Roodthooft
Assistance scénographique: Martina Casey
Assistance graphique film d’animation : Raoul Lhermitte

 

 

Charmes en série

 

Charmes en série est un récit flottant qui invite les spectateurs de tout âge à survoler – au cours d’un voyage dans le temps –  une bande de terre aux profondeurs insoupçonnées.


Dans les environs de Spa, durant plus de 500 ans, un territoire de quelques kilomètres carré s’est maintenu comme « zone franche ». À condition de n’y construire aucune maison, il était permis à chacun de glaner, marauder, braconner ou même cultiver ces terres comme il l’entendait. Cette liberté d’exploitation a forgé au sein des populations locales un état d’esprit d’une singulière sauvagerie qui subsiste encore de nos jours.


De même nature que cette terre, le spectacle des Charmes en série s’affranchit de tout code théâtral. Les points de repères habituels s’effacent pour faire cohabiter indistinctement commentaires de visite guidée, contes, légendes, grands faits historiques, souvenirs d’enfance ou considérations de tous ordres.


Le statut des objets est tout aussi ouvert. Cartes, dessins industriels ou archéologiques, motifs décoratifs pour assiettes ou éventails, maquettes de décors naturels viennent soit légitimer une réalité historique, soit incarner des espaces imaginaires.
Cette liberté de ton n’a qu’un but : sonder le terreau dans lequel germent les histoires qui nous constituent. Notre culture est enracinée dans une terre boisée d’éléments autant réels que symboliques ; c’est une forêt infinie, accidentée et broussailleuse, toujours à la merci des feux dévastateurs allumés par ceux qui cherchent à réduire notre identité aux frontières d’une histoire sans relief.

 

Un livre, un carnet d’activité et un dessin animé accompagnent le projet.

 

Infos pratiques :

 

Durée : 60 minutes
Jauge : maximum 150 personnes.
Le spectacle peut être joué deux fois dans la même journée
(par exemple scolaire l’après-midi ; tout public le soir)
Montage et démontage 30 min.
Un livre, un carnet d’activité et un dessin animé accompagnent le projet.

 

PRODUCTION :

Le corridor
Coproduction : en cours
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Région wallonne

 

DISTRIBUTION

Ecriture, scénographie et jeu : Patrick Corillon
Collaboration artistique et technique, animations pédagogiques: Dominique Roodthooft
Assistance graphique et scénographique: Miranda Pastor
Assistance graphique film d’animation : Raoul Lhermitte

 

 


Un enfant se retrouve perdu dans la forêt. Il a peur, il a froid. Il croise un vieux loup solitaire. « Donne-moi ta peau!  » dit l’enfant au loup.
Le loup s’exécute. D’une griffe acérée, il s’écorche en prenant bien soin de ne pas abîmer sa fourrure. L’enfant ne prend même pas la peine de dire merci.
Il marche dans la forêt, mais la nuit est tellement noire que tous les chemins se ressemblent. L’enfant a l’impression de tourner en rond. Il croise un hibou.
« Donne-moi tes yeux! » lui dit-il.
Le hibou donne ses yeux.
Sans la moindre considération pour l’animal, l’enfant porte alors son regard au lointain et découvre qu’au plus loin que ses yeux se posent, la forêt est toujours là. Il se sent tellement seul; il cherche un compagnon, quelqu’un avec qui jouer. Il croise une biche.
« Donne-moi ton petit qui va bientôt naître! » lui demande-t-il.
« Attends encore un peu qu’il vienne à maturité.
— Non, maintenant! »
La biche s’ouvre le ventre et le lui donne.
Sans un mot de remerciement, l’enfant prend le faon dans ses bras. À la première colline qui se dresse devant lui, il sent ses forces le quitter. Il abandonne le petit dans un fossé.
Au sommet, il tombe nez à nez avec un sanglier.
« Donne-moi ton courage! » demande-t-il au sanglier.
De toutes ses forces, le sanglier se rue sur l’enfant, le renverse, le piétine, le laboure.
« Merci », dit l’enfant.
Il ferme alors les yeux et voit apparaître au lointain la toute petite image de Celui qui l’a perdu dans la forêt. L’enfant le reconnaît: c’est l’Esprit de la forêt.
« Bonjour, tu m’as appelé? dit d’une petite voix lointaine l’Esprit qui perd les enfants dans la forêt.
— Oui, répond l’enfant, j’aimerais bien savoir ce que tu comptes faire de moi maintenant.
— Ce que je compte faire de toi? Mais rien du tout. Tu ne m’intéresses plus.
— Comment ça? Tu m’as abandonné dans les pires endroits du monde, au cœur de volcans, dans des rivières infestées de crocodiles; tu m’as retenu dans les glaces du pôle Sud et, du jour au lendemain, je ne t’intéresserais plus? Et puis, arrête de diminuer comme cela, je ne te vois pratiquement plus.
— Ce n’est pas moi qui diminue, c’est toi qui grandis. »

 

 

 

 

 

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